décembre 1 2016

Joe Dever : les petits ruisseaux font les grandes rivières

Comme nombre d’entre vous, amis rôlistes, j’ai fait mes premiers pas dans l’univers du jeu de rôle grâce aux « livres dont vous êtes le héros » (ou livres-jeux), un genre à la croisée des chemins entre le roman et le jeu de rôle en vogue dans les années 80-90. Ici, pas de role-play au sens où on l’entend aujourd’hui (ou alors extrêmement peu si l’on considère certains choix de paragraphes comme l’expression du caractère du personnage), mais ces livres nous donnaient l’opportunité d’incarner des personnages le temps d’un roman, voire d’une saga bien souvent héroïque. On peut citer les Défis Fantastiques, Sherlock Holmes, Sorcellerie !… Mais la série qui m’a le plus marquée et la seule que j’ai collectionnée jusqu’au bout est pour ma part les Loup Solitaire de Joe Dever, en partie illustrés par Gary Chalk.
Pourquoi Loup Solitaire plutôt qu’une autre série ? Au-delà du fait que j’appréciais particulièrement la possibilité d’incarner le même personnage dans une intrigue développée sur plusieurs tomes, ce fut à l’origine le fruit du hasard : ma sœur aînée avait en effet gagné Dans les entrailles de Torgar dans une chasse au trésor organisée par la ville où nous habitions. Telle une pierre de la sagesse parachutée dans le Daziarn, le livre avait atterri dans sa bibliothèque, sans qu’elle s’y intéressât jamais.
C’est là qu’en petite curieuse, je finis par tomber dessus. Commencer par le n°10 n’était pas le plus évident pour la gamine que j’étais alors, mais cela ne m’empêcha pas de dévorer le tome. C’est ainsi que j’entamai la collection. Ces livres m’ont suivies pendant les jours de pluie, pendant les vacances (qui me permettaient de dégoter dans d’autres régions des volumes introuvables chez moi) et ces fois où ma mère croyait me consigner dans ma chambre alors qu’elle m’offrait une occasion de plus de repartir dans le Magnamund.

Et ces livres, je les ai encore tous aujourd’hui. Pages volantes à force d’être tournées, feuilles de personnage illisibles à force d’avoir été gommées et papier jauni par les ans.

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Tout ça pour dire qu’à la nouvelle du décès de Joe Dever, c’est mon petit cœur d’enfant qui s’est mis à saigner. Et si avec mon regard d’adulte, je remarque aujourd’hui les limites de ce format et les quelques autres petits défauts de cette série, je sais qu’il est possible, dans un multivers, que sans Joe Dever, je ne me sois jamais intéressée au JDR, ou que je n’aie jamais appris le mots « nerf de bœuf », entre autres termes utiles pour une fillette. Que j’aurais choisi d’autres paragraphes qui m’auraient menée ailleurs et qui auraient introduit d’autres personnes dans ma vie… Alors M. Dever, merci encore, et qu’Ishir et Kaï veillent sur vous !

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