décembre 30 2016

Sexisme et représentation des hommes et des femmes dans les illustrations de JdR – V2

Suite à notre premier article d’analyse sur la question de la représentation des hommes et des femmes dans les JDR, nous avons reçu de nombreux retours, et nous vous en remercions. Nous sommes ravis que le sujet ait suscité autant de discussions sur les différents supports que nous avons suivis (réseaux sociaux, forums spécialisés, etc.), des discussions ayant soulevé d’importantes questions sur notre loisir préféré, une démarche saine s’il en est !

Nous avons pris note des retours constructifs que vous nous avez faits afin d’affiner notre analyse et supprimer les éléments superflus. En parallèle de cela, nous avons continué de compulser des ouvrages, portant à 62 le nombre de jeux de rôle pris en compte. Comme promis, voici donc une deuxième version de notre article sur la représentation des hommes et des femmes dans le JDR.

Comme indiqué au fil des discussions, nous avons décidé d’abandonner l’indice final, qui rajoutait plus de problèmes qu’il n’en résolvait dans la méthode de calcul. De même, nous avons adopté une autre présentation plus épurée des résultats, qui a l’avantage d’éviter la fausse impression de « palmarès » qui se dégageait de la première mouture de l’article, et qui ne colle pas avec l’objet de l’étude. Nous espérons que ce format offrira une meilleure base de réflexion. Précisons une nouvelle fois que nous cherchons uniquement à voir si le traitement de la représentation des hommes et des femmes diffère dans les illustrations, tant en termes de proportions que de nature.

Chiffres globaux

En tout, nous avons comptabilisé 62 JDR (dont certains en double aveugle) pour un total de 6 803 illustrations. Sur ces illustrations, 56 % représentent explicitement des hommes et/ou des femmes, soit 3 832 illustrations. 2 363 (62 %) illustrations ne représentent que des hommes, 833 (22 %) que des femmes et 636 (16 %) des hommes et des femmes dans diverses proportions (que nous n’avons pas dénombrées même s’il semble qu’il y ait une majorité d’hommes dans ces illustrations mixtes). Il y a donc en tout 1 469 illustrations montrant des femmes, soit 38 % des illustrations montrant des êtres humains.

Il y a 805 parties du corps mises en avant. Une illustration donnée pouvant mettre en avant plusieurs parties du corps, il n’est pas possible de calculer directement le pourcentage d’illustrations mettant en avant des corps.

Les parties du corps mises en avant ne se répartissent pas uniformément. La grande majorité est composée des poitrines et des ventres avec 724 illustrations (90 % des mises en avant des corps). 379 de ces parties du corps sont féminines soit 52 %.

Sinon il y a :

  • 46 postérieurs mis en avant (6 %) dont 40 féminins (87 % des postérieurs)
  • 440 poitrines mises en avant (55 %) dont 258 féminines (58 % des poitrines)
  • 284 ventres sont mis en avant (35 %) dont 121 féminins (43 % des ventres)
  • 34 sexes sont mis en avant (4 %) dont 22 féminins (64 % des sexes)

Notez que si les personnages féminins ne représentent que 38 % des illustrations, ils représentent en revanche 55 % des mises en avant des corps. On représente donc bien différemment les hommes et les femmes, tant en termes de proportions que de nature.

Indice de sexisme

L’indice de sexisme que nous avions choisi de présenter dans la V1 avait pour but de résumer l’ensemble des indices précédents, malheureusement il avait plusieurs défauts. Tout d’abord certains JDR n’ont presque aucune illustration montrant des corps, parfois une seule. C’est le cas par exemple de l’Anneau Unique, Cthulhu 5.5 ou Dragon de poche. Ils ont donc des taux de corps féminins très biaisés vers de fortes valeurs (parfois de 100 %). Pour compenser cela, nous avions choisi de pondérer en multipliant par le nombre de mises en avant de corps. Cette correction introduit malheureusement un autre biais qui défavorise les jeux ayant beaucoup de corps nus (souvent en accord avec leurs thèmes respectifs). Nous avons testé plusieurs autres méthodes de calcul d’un indice global qui change « l’ordre » des différents JDR et aucune de ces méthodes ne nous semble sans défaut.

Nous avons donc décidé de laisser de côté toute tentative de calculer un indice global qui, entre autres, focalise les discussions sur la place de tel ou tel JDR et non sur les tendances globales qui sont elles beaucoup plus pertinentes (et fiables).

Comment participer ?

Pour que cette étude deviennent vraiment représentative, il faudrait étudier plus de JDR tout en variant les observateurs. Pour cela, nous vous proposons de participer à cette étude en comptabilisant les JDR à votre disposition. N’hésitez pas à comptabiliser les JDR déjà pris en compte, les résultats n’en seront que plus intéressants et objectifs.

À cette fin, nous mettons à votre disposition ce tableau-type (cliquez sur le lien) à nous renvoyer complété à l’adresse du blog : contact[AT]echelle-ripley.fr. Merci pour le temps que vous y consacrerez !

Liste des JDR étudiés :

Agôn, Conan OGL, Scion, Luchadores, Chroniques Oubliées, Shadowrun 4, Delta Green, Little Fears, Antika, Patient 13, Conspiracy X, Fading Suns V2, L’Appel de Cthulhu 7, Loup Solitaire, NanoChrome², Nobilis, Polaris, Prophecy, Warhammer 3, Anthéas, Deadline, Fiasco, First Contact, Icons, L’ Agence, L’ Appel de Cthulhu 6, Monsterhearts, Notre Tombeau, Orpheus, Remember Tomorrow, Sens Renaissance, Sombre, Star wars, Steamshadows, Tenga, Chrysopée, L’ Anneau Unique, L’ Appel de Cthulhu 5.5, Solip City, Star Wars: Aux Confins de l’Empire, Fading Suns V1, Nightprowler, White lies, Dragon de poche, Ryuutama, Shadowrun 5, Ars Magica, Cops, Shadowrun 4A, Le Trône de Fer, Les Secrets de la 7ème Mer, Eclipse Phase, Hollow Earth Expedition, Les Mille-Marches, Vermine, Within, Apocalypse World, Cyberpunk 2020, Tigres Volants, Bloodlust, Les Chroniques des Féals, Anima.

décembre 1 2016

Joe Dever : les petits ruisseaux font les grandes rivières

Comme nombre d’entre vous, amis rôlistes, j’ai fait mes premiers pas dans l’univers du jeu de rôle grâce aux « livres dont vous êtes le héros » (ou livres-jeux), un genre à la croisée des chemins entre le roman et le jeu de rôle en vogue dans les années 80-90. Ici, pas de role-play au sens où on l’entend aujourd’hui (ou alors extrêmement peu si l’on considère certains choix de paragraphes comme l’expression du caractère du personnage), mais ces livres nous donnaient l’opportunité d’incarner des personnages le temps d’un roman, voire d’une saga bien souvent héroïque. On peut citer les Défis Fantastiques, Sherlock Holmes, Sorcellerie !… Mais la série qui m’a le plus marquée et la seule que j’ai collectionnée jusqu’au bout est pour ma part les Loup Solitaire de Joe Dever, en partie illustrés par Gary Chalk.
Pourquoi Loup Solitaire plutôt qu’une autre série ? Au-delà du fait que j’appréciais particulièrement la possibilité d’incarner le même personnage dans une intrigue développée sur plusieurs tomes, ce fut à l’origine le fruit du hasard : ma sœur aînée avait en effet gagné Dans les entrailles de Torgar dans une chasse au trésor organisée par la ville où nous habitions. Telle une pierre de la sagesse parachutée dans le Daziarn, le livre avait atterri dans sa bibliothèque, sans qu’elle s’y intéressât jamais.
C’est là qu’en petite curieuse, je finis par tomber dessus. Commencer par le n°10 n’était pas le plus évident pour la gamine que j’étais alors, mais cela ne m’empêcha pas de dévorer le tome. C’est ainsi que j’entamai la collection. Ces livres m’ont suivies pendant les jours de pluie, pendant les vacances (qui me permettaient de dégoter dans d’autres régions des volumes introuvables chez moi) et ces fois où ma mère croyait me consigner dans ma chambre alors qu’elle m’offrait une occasion de plus de repartir dans le Magnamund.

Et ces livres, je les ai encore tous aujourd’hui. Pages volantes à force d’être tournées, feuilles de personnage illisibles à force d’avoir été gommées et papier jauni par les ans.

img_1198

Tout ça pour dire qu’à la nouvelle du décès de Joe Dever, c’est mon petit cœur d’enfant qui s’est mis à saigner. Et si avec mon regard d’adulte, je remarque aujourd’hui les limites de ce format et les quelques autres petits défauts de cette série, je sais qu’il est possible, dans un multivers, que sans Joe Dever, je ne me sois jamais intéressée au JDR, ou que je n’aie jamais appris le mots « nerf de bœuf », entre autres termes utiles pour une fillette. Que j’aurais choisi d’autres paragraphes qui m’auraient menée ailleurs et qui auraient introduit d’autres personnes dans ma vie… Alors M. Dever, merci encore, et qu’Ishir et Kaï veillent sur vous !

Catégorie : Autour du jeu | Commenter